nous n'héritons pas
de la terre de nos ancêtres,
nous l'empruntons
à nos enfants....
Suffolk
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Une chose qu’Emma avait retenue dans cette affaire, c’était de ne plus prendre les ascenseurs de l’université
Désormais, Emma prenait les escaliers, rien de mieux que l’exercice
Emma posa sur la petite table sa barquette de taboulé et son soda.
- Ca fait un moment qu’on s’est pas vu !!
« Pas assez longtemps à mon goût »
- J’ai eu beaucoup de travail, répondit elle avec un aimable sourire
- Tu donnes l’image d’une étudiante sérieuse, Georges fit la moue avec ses lèvres, il compléta son expression en donnant à ses yeux une impression de cocker neurasthénique.
-
C’est juste une impression Georges,
Ralph répondit avec un sourire malicieux,
c’est parce qu’elle a l’habitude d’aller à tous ses cours, tous sans exception, tu vois ce que je veux dire ?
- Non, y voit pas, renchérit David, aller à tous ses cours, trop dur pour lui, attend, t’imagine même pas !!!
Emma avait gardé les yeux légèrement baissés. Elle ne put réprimer son sourire,
« c’est l’hôpital qui se fout de la charité »
- Dis donc, david, vas œuvrer pour je ne sais quelle cause perdue et laisse moi finir ma clope tranquille !!
Il y eut un rire général autour de la petite Table.
Emma avait largement entamé son taboulé lorsqu’elle constata finalement qu’il avait une couleur suspecte, elle décida de le mettre de coté.
elle se rendit compte que Ralph s’était plongé dans ses études,
« Peut être le seul à étudier sérieusement parmi mes trois nigauds ! »
- Qu’est ce que tu étudie ? Elle se pencha légèrement et lu à haute voix,
« Fonctionnement de la S.A.R.L et de la S.A », Je préfère de loin mes claviers d’ordinateurs…
- Oui, c’est vrai qu’au premier abord …c’est pas très folichon à étudier… Ses joues avaient légèrement rosi, Emma eut l’impression qu’il était gêné.
Elle décida à son tour de sortir ses cours, se rappelant qu’elle avait déjà 2 points en moins sur son fameux dossier de « conséquences de l’informatisation… »
- Et toi, qu’est ce que tu étudie ?
- Je dois remettre un dossier sur l’informatisation mondiale…
- C’est débile ça, intervint George, ça veut dire quoi ça, l’informatisation mondiale
- Essaye d’imaginer, lança David, tout un tas de réseaux reliés ensemble, que ce soit pour les structures de la police ou même pour celle de la bourse, en chine, ils auront les mêmes données qu’en Russie ou au Pakistan, tu appuie sur un seul bouton et..
- Et hop! , Si tu fais une fausse manip’, toutes tes données sont perdues, et on se retrouve tous à l’âge de pierre.
- Ca n'a rien à voir, tu dis n’importe quoi George…David s’énerva, De toute manière, tu ne seras jamais capable de comprendre, un jour, des dossiers aussi importants qui traitent de ce type de sujet…
- Ah! oui et pourquoi ? George savait parfaitement où David voulait en venir.
- Parce que tu ne vas jamais en cours, voilà pourquoi !!
L’expression était lancée !
- Ce n’est pas parce que je ne vais jamais en cours, que je ne suis pas capable de comprendre ce genre de trucs. Je suis tout à fait capable, je pourrais même si je le voulais, aller encore plus loin que toi, avec tes manif’ à deux balles.
Georges levé, remonta le zip de son gilet noir d’un coup sec ;
MOI, quand je fais quelque chose, je le fais jusqu’au bout, je n’abandonne pas après avoir mobilisé trois pelés et deux tondus.
- Ah oui, c’est une bonne chose, Puisque tu es capable d’en faire plus que moi, Dis-moi ce que tu sais faire ?
- Je peux monter une SARL si je veux !! George blessé, ajouta , Et j’en ai les moyens figure-toi !!
- Je ne t’en demande pas t’en, une association devrait suffire, un petit sourire apparut sur ses lèvres. Alors, quel genre d’association ?
- Je ne sais pas,
George montrait son énervement, ses poings serrés étaient prêt à frapper sur la table.
Il regarda autour de lui et vit un jeune étudiant sur sa gauche en train d’étudier un document sur l’atmosphère de la planète. Il se pencha vers lui et lui arracha le livret des mains, puis le brandit sous le nez de David
- Une association sur l’atmosphère de la planète, ça te va ? puis rendit d’un geste brusque le livret au jeune homme ahurit.
- Ralph leva le nez de ses cours, On ne fait pas une association sur l’atmosphère de la planète… Qu’est ce qu’il y a à en tirer ?
- Des tas de choses, renchérit David, est ce que tu as une idée du nombre de navettes spatiales qui se baladent autour de la planète ? et des satellites ?
- Et alors, on en a besoin, non ? Les communications par satellites, pour le câble, et l’Armée d’ailleurs, je sais que t'es pas fan de l'armée , mais si on l’avait pas, on retournerait à l’âge de pierre, comme dit si bien George.
- Et d’après toi ? Que se passe-t-il quand ils en ont plus besoin, de leurs put… d’appareils ?
Ralph haussa les épaules.
Ils les laissent là haut, jusqu’à ce qu’ils se désintègrent dans l’atmosphère de la planète... ?
- Pas du tout, il y a aujourd’hui 35 millions de débris (débris de fusées,de satellites abîmés et même des outils que ces messieurs ont perdus pendant leurs supervirées nocturnes ) et plus de 9 000 satellites.
ils tournent autour de la Terre et tu sais combien il y en a réellement qui fonctionnent ? 700 !!! le reste est NAZE !!!
C’est pas le comble ça, D’ici peu de temps, ça va être l’heure de pointe en permanence là
haut !!! il leva le doigt en l'air,
Et Tout pour quoi ? Je vous le demande ?
Il y en a qui finissent par s’abîmer, certains morceaux des satellites se détachent et se cassent la gueule sur la planète, c’est pas des blagues !!!
- C’est vrai, j’ai lu dans un article, que des petits morceaux de peinture qui se détachent d’un satellite, peuvent faire de gros dégâts sur leurs petits camarades !!!
Un silence suivi,
George venait de parler, et tout le monde était bouche bée.
- T’as appris ça où toi ?
-
Je lis les revues de mon père moi môsieur, quand je suis aux toilettes: je pisse utile !
A +
Suffolk
Rien n’y fit, le professeur décida de retirer 2 points par jour de retard aux élèves qui n’avaient pas terminés.
« Je considère vous avoir laisser assez de temps pour rédiger ce dossier, on ne va pas y passer l’année !! »
Ce professeur était l’un des moins souples de toute l’université et Emma aurait mieux fait d’écouter les rumeurs qui couraient sur son compte en début d’année avant de choisir son U.E.
Emma sortit du cours encore plus furieuse qu’elle ne le fût en arrivant, « ce débile mental contribue à m’envoyer faire un tour à Hong Kong ».
Son estomac lui intima l’ordre d’aller récupérer quelque chose à la cafétéria.
Elle n’avait rien avalé ce matin, elle avait préféré, ne sortir de sa chambre qu’au dernier moment.
Emma monta les escaliers qui menaient à la cafétéria, poussa la porte vitrée et se dirigea vers le comptoir afin d’y commander quelque chose que son estomac accepterai d’avaler.
On lui servit un peu de taboulé dans un petit carré en plastique où l’on installe habituellement des frites ; pour compléter son « plat du jour », elle choisit un soda.
Emma balaya la salle du regard pour pouvoir trouver une table vide et jeter un coup d’œil sur ses cours.
Dans le fond de la salle, elle aperçut plusieurs bras s’agitant dans tous les sens,
« Oh non, c’est pas vrai ! C’est à moi que les trois nigauds font signe !
Emma aurait voulu ne pas les connaître, malheureusement ça n’était pas le cas.
L’un d’entre eux se dirigea vers elle, sourire éclatant.
« Comment vas-tu ?
- Bien merci,
- Viens t’asseoir avec nous
Emma se força à sourire, « Trouver une échappatoire, vite ! »
- Je ne veux pas vous déranger, d’ailleurs il faut que je révise mes cours,
- Regarde, toutes les tables sont prises, installe toi je t’en prie ! Nigaud N°1 passa son bras dans le dos d’Emma pour l’orienter vers sa table.
Nigauds N°2 et 3 lui adressèrent un sourire lorsqu’elle s’assit face à eux.
Emma avait fait leurs connaissances il y a quelques semaines de cela, en rentrant dans l’ascenseur du bat D de
l’université pour se rendre à ses cours. Hélas l’ascenseur, aussi vétuste que le reste de l’établissement, était resté en panne près d’une heure.
…
« On pourrait peut être faire connaissance ?
je m’appelle George,
Emma ne souhaitait pas leur parler, ce qu’elle voulait s’était sortir de là !
Soudain, une voix métallique résonna dans l’ascenseur :
« On vous sort de là tout de suite ; tout va bien ?
Le ton de la voix empreinte d’habitudes et de lassitude, indiqua aux 4 étudiants qu’ils n’étaient pas les premiers à être coincés dans cette cage de fer.
George se rapprocha du haut-parleur, sa voix trahissait son énervement,
- Non ça ne va pas, ça fait déjà 10 minutes qu’on n’est là !
- On vous sort tout de suite !!
Un long silence suivit.
Au bout de quelques minutes, quelqu’un se décida à parler :
« Moi c’est Ralph,
- Et bien moi c’est David,
Les trois visages se tournèrent en direction de la jeune fille,
- Emma,
Elle répondit tête baissée, sans les regarder.
- Je suis en Maîtrise de droit, est-ce que quelqu’un est dans le même cursus que moi ?
- Je suis en lettres classiques, en DEUG et toi tu fais quoi ?
Emma détestait ce genre de banalités, le genre de discussion qui n’a aucun intérêt, tout ça pour passer le temps, « ils n’ont qu’à se taire, ça me fera des vacances ! »
- Tu as perdu ta langue ?
Elle releva la tête
- Je suis en DEUG d’informatiques
- Et bien moi, c’est un mélange d’idéal, de culture, de chronologie, de mémoires, d’annales, d’archives, de revendication, de contestation, de…
- Tu es en DEUG de Manifestation Option CGT, Georges eu un sourire, je te connais c’est toujours toi le premier à aller manifester si besoin est !
- Je suis en DEUG d’Histoire, Les joues de David étaient pourpres.
Cela faisait maintenant près d’une demi-heure que le groupe était coincé dans cet ascenseur.
Emma les dévisagea du coin de l’œil ; Georges avait ce sourire gêné qu’on a plutôt quand on est stressé ; ses mains réunies sous sa casquette NYC, ses lèvres qu’il mordillait et sa manière de bouger dans tous les sens sans savoir comment trouver la bonne position trahissait son stress, « Celui là, il est claustro » pensa Emma .
Son regard se porta ensuite sur Ralph, ce garçon un peu rond, avec des petites lunettes.
Son sweat trop large, son jean noir ou sale peut être, lui donnait un air étrange, timide et sympathique.
Des trois nigauds, Ralph devait être son préféré.
Enfin, David grand brun énergique ;
Emma avait entendu parler de Sa « réputation », celle qui la suivait dans tous les secrétariats de l’université, tous les cours et tous les amphis.
Celle qui l’aidait à remuer ciel et terre pour une cause ou une autre, jamais la même d’ailleurs.
Beaucoup d’étudiants le suivaient. Lorsque David était décidé, peu de chose était capable de l’arrêter.
Emma avait, à plusieurs reprises, eu l’occasion de le voir se présenter dans son cours avec plusieurs étudiants pour « mobiliser des troupes et aller manifester contre telle ou telle ignoble décision ou projet de loi et dont il fallait mettre un terme avant que la situation ne s’enlise ou ne dégénère. »
Emma s’était toujours demandé comment il faisait pour aller manifester et suivre ses cours en même temps.
« Ma parole, il est habillé comme un ringard, qu’est ce que c’est que ces chaussures ? »
Emma le dévisagea d’un peu trop près, David s’avança vers elle, elle eut un mouvement de recul :
- Que puis -je faire pour ton service?
- Rien, si ce n’est nous faire sortir d’ici !
- Je m’en occupe ! David se leva, cela faisait maintenant près d’une heure que le groupe était coincé ici, Il appuya à nouveau sur la sonnerie d’alarme et se mit à hurler :
- Vous allez vous bouger le cul, oui ou m… !!
La cage s’ébranla et glissa doucement vers l’étage suivant, d’un air triomphant David regarda sa petite assistance et dit
- Il faut toujours gueuler pour obtenir quelque chose, c’est dingue !!
- Si tu gueules très fort, tu crois que tu m’obtiendras des billets pour le prochain concert de Lenny Kravitz ?
David répondit à la remarque de Georges par une mimique pincée
20 mai
Lorsque Emma sortit de chez elle, un vent glacé l’attendit. Elle se blottit à l’intérieur de son manteau en imitation « fausse fourrure » et se dirigea vers l’arrêt de bus.
15 minutes plus tard, elle faisait face au grand bâtiment de l’université.
Déjà trois semaines qu’Emma ressassait ce cours d’ Informatique Appliqué.
Trois semaines qu’elle aurait dut rendre le fameux dossier, Celui dont tous les élèves de son cours, parlent :
Le dossier sur les « Contrôles et Conséquences d’une informatisation mondiale ».
« Qu’est ce qu’on s’en fout des conséquences ! Moi ce qui m’intéresse ce sont les ordinateurs pas leurs conséquences ! »
Emma réfléchit intérieurement.
Sa mère lui répétait trop souvent que si elle avait put s’inscrire dans cette université, c’était à la seule condition qu’elle réussisse « correctement » ses études (dans le langage de sa mère, ce mot prenait une signification toute particulière).
L’obtention de ses diplômes était donc la condition sine qua non.
Si ses résultats n’étaient pas « Corrects », il était bien entendu qu’elle se déciderait enfin à prendre « la » décision.
Celle qui ferait d’Emma aux yeux de Pei Pei et de John, une honnête femme.
Ce mariage envisagé depuis sa naissance entre sa famille et une famille de Hong Kong n’était pas du goût d’Emma.
« - Et qu’est ce qui va se passer après ? Je ne me vois pas partir vivre là bas !! Emma était ivre de rage,
- Ce mariage est très important et tu le sais, alors, cesse de faire l’enfant !!
Son père ne supportait pas qu’elle lui réponde sur ce ton, Emma était hors d’elle.
- Qu ‘est ce qui est important ? Une alliance entre deux familles bourgeoises ? «
Emma se souvint avoir claquer la porte de sa chambre et s’être plongée dans ses études. Impossible d’arriver à se concentrer, de toute manière elle savait que ça n’était plus qu’une question de temps maintenant, avant qu’on ne lui laisse plus le choix.
Emma était issue d’une famille, qui pouvait semblé modeste, mais quiconque venait chez elle, pouvait se rendre compte que son ordinateur écran plat, l’imprimante, la chaîne Hi-fi et tout ce qui composait les éléments de sa chambre ou du reste de l’appartement de ses parents, laissait supposer une vie à l’abri de tout besoin.
***
Comme souvent, elle fût une des premières arrivées dans la salle de cours, elle choisit de s’installer juste devant le bureau du professeur.
Cette habitude là, elle l’avait prise en se rendant compte que bon nombre d’élèves qui venait au cours n’étaient que des « touristes ».
Elle ne souhaitait pas être dérangée par des « amateurs » comme elle aimait les appeler.
Ce qu’elle souhaitait, c’était se concentrer sur son cours.
Le cours « des risques de me marier et des conséquences de partir à Hong Kong avec un type que je n’ai jamais vu, si ce n’est à travers des photos »
Emma perdît le sourire qu’elle avait sur les lèvres quand elle réalisa qu’elle n’avait toujours pas terminé son dossier et qu’aujourd’hui était la date limite pour pouvoir le rendre.
« Allez, avec un peu de chance, pratiquement tous les élèves vont être dans la même situation que moi ! ».